Introduction
Découvrez le numéro 209 - Janvier 2006
  FRAGILE AMITIE
  Grande et belle réalité humaine que l’amitié ! Marquée par l’« élection » — le

choix de l’autre — et la gratuité, elle n’a pas, comme l’amour, les marques

du manque et de l’exclusivité. Elle n’aspire pas non plus à la possession et

à l’union. Relation entre égaux, l’amitié est sans projet a priori. Elle n’est pas

« instituée » comme le mariage, elle accompagne d’autres relations. Elle

donne du goût à l’existence. Peut-on vivre sans amis ? Mais l’amitié peut

être abîmée par la jalousie ou détruite par la trahison. Elle appelle aussi la

distance entre les corps, alors même que l’érotisation de toute relation a

tendance à primer en notre temps. Toutes ces dimensions de l’amitié, dans

leur complexité, indiquent sa fragilité, mais aussi sa beauté singulière.

Comment aujourd’hui sauver l’amitié du soupçon ?

Dieu nous rejoint sur le chemin de nos amitiés et de nos amours. Il vient

interroger leur fondement. Parce qu’en Dieu tout converge, amour et amitié

ne peuvent être disjoints en lui. Pas plus que l’amour conjugal, l’amitié ne dit

tout de la relation avec Dieu, même si elle en est une très belle figure. Elle

peut ouvrir à l’expérience de Dieu. Si Dieu est l’ami de l’homme, le Christ est

trahi par Judas et renié par Pierre. Que la Passion s’ouvre par une trahison

donne du poids à l’amitié.

Par l’accord des êtres, l’amitié humaine porte en elle-même une dimension

spirituelle. L’Eglise fait retentir son chant de façon singulière. Pour les

disciples de Jésus, et notamment dans la vie religieuse, deux réalités

supplémentaires viennent « colorer » l’exercice de l’amitié, et l’étendre : la

tension féconde entre l’amitié, fruit d’une élection, et la fraternité, qui

appelle à se donner à tous. Et la découverte que « l’amitié des pauvres fait

devenir ami du Roi Eternel », comme l’écrivait Ignace. Canonisé le 23

octobre par Benoît XVI, le P. Hurtado, ce jésuite dévoré par un feu et qui a

tant œuvré avec les pauvres du Chili, aimait dire que « la meilleure façon de

remplir sa vie, c’est de la remplir d’amour ».

Saint Ignace parle d’« amis dans le Seigneur », pour caractériser le petit

groupe d’hommes, tellement divers, aux commencements de la Compagnie

de Jésus. Cette année, trois d’entre eux sont fêtés : Ignace lui-même,

décédé il y a 450 ans, François-Xavier et Pierre Favre, nés il y a 500 ans.

Christus donne avec joie rendez-vous fin juillet à ses lecteurs à Lourdes,

pour la grande rencontre de la famille ignatienne. Et nous vous invitons, en

avril, à marcher sur les traces d’Ignace, pèlerin de Dieu à Jérusalem.



Que cette année jubilaire 2006 nous relance dans le désir d’« aimer et

servir », si fort chez les trois amis dans le Seigneur !



Christus
>> Accueil du site de la revue Christus
Imprimer