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Grande et belle réalité humaine que l’amitié ! Marquée par l’« élection » — le
choix de l’autre — et la gratuité, elle n’a pas, comme l’amour, les marques
du manque et de l’exclusivité. Elle n’aspire pas non plus à la possession et
à l’union. Relation entre égaux, l’amitié est sans projet a priori. Elle n’est pas
« instituée » comme le mariage, elle accompagne d’autres relations. Elle
donne du goût à l’existence. Peut-on vivre sans amis ? Mais l’amitié peut
être abîmée par la jalousie ou détruite par la trahison. Elle appelle aussi la
distance entre les corps, alors même que l’érotisation de toute relation a
tendance à primer en notre temps. Toutes ces dimensions de l’amitié, dans
leur complexité, indiquent sa fragilité, mais aussi sa beauté singulière.
Comment aujourd’hui sauver l’amitié du soupçon ?
Dieu nous rejoint sur le chemin de nos amitiés et de nos amours. Il vient
interroger leur fondement. Parce qu’en Dieu tout converge, amour et amitié
ne peuvent être disjoints en lui. Pas plus que l’amour conjugal, l’amitié ne dit
tout de la relation avec Dieu, même si elle en est une très belle figure. Elle
peut ouvrir à l’expérience de Dieu. Si Dieu est l’ami de l’homme, le Christ est
trahi par Judas et renié par Pierre. Que la Passion s’ouvre par une trahison
donne du poids à l’amitié.
Par l’accord des êtres, l’amitié humaine porte en elle-même une dimension
spirituelle. L’Eglise fait retentir son chant de façon singulière. Pour les
disciples de Jésus, et notamment dans la vie religieuse, deux réalités
supplémentaires viennent « colorer » l’exercice de l’amitié, et l’étendre : la
tension féconde entre l’amitié, fruit d’une élection, et la fraternité, qui
appelle à se donner à tous. Et la découverte que « l’amitié des pauvres fait
devenir ami du Roi Eternel », comme l’écrivait Ignace. Canonisé le 23
octobre par Benoît XVI, le P. Hurtado, ce jésuite dévoré par un feu et qui a
tant œuvré avec les pauvres du Chili, aimait dire que « la meilleure façon de
remplir sa vie, c’est de la remplir d’amour ».
Saint Ignace parle d’« amis dans le Seigneur », pour caractériser le petit
groupe d’hommes, tellement divers, aux commencements de la Compagnie
de Jésus. Cette année, trois d’entre eux sont fêtés : Ignace lui-même,
décédé il y a 450 ans, François-Xavier et Pierre Favre, nés il y a 500 ans.
Christus donne avec joie rendez-vous fin juillet à ses lecteurs à Lourdes,
pour la grande rencontre de la famille ignatienne. Et nous vous invitons, en
avril, à marcher sur les traces d’Ignace, pèlerin de Dieu à Jérusalem.
Que cette année jubilaire 2006 nous relance dans le désir d’« aimer et
servir », si fort chez les trois amis dans le Seigneur !
Christus |