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Recension "JEAN SULIVAN (1913-1980)" de Eamon MAHER
   
  Eamon MAHER
JEAN SULIVAN (1913-1980)
La marginalité dans la vie et l’oeuvre
L’Harmattan, coll. « Espaces littéraires », 2008, 223 p., 22 euros.

La frontière entre la littérature spirituelle et la littérature tout court est devenue imprécise : voyez Bernanos et Marie Noël, Jean Mambrino ou - pourquoi pas ? - Samuel Beckett. Voyez aujourd’hui Sulivan. Un Irlandais qui connaît fort bien la littérature française consacre un livre juste à ce prêtre breton hors du commun, qui fut romancier, essayiste et peut-être mystique.
L’expérience mystique en tout cas le fascina toute sa vie : aumônier d’étudiants à Rennes, ouvrier chez Renault, directeur de collection chez Gallimard, il ne cessa de méditer Maître Eckhart et la tradition hindoue, qui le bouleversa sur les rives de la Caveri. Sourcier de la vie de l’Esprit, il s’émerveillait de découvrir celle-ci, un peu comme Michel de Certeau, chez les simples, les anonymes, les pauvres, gens de peu, souvent marginaux. Il les mettait en scène dans ses derniers romans, par une écriture apparemment sans apprêt, proche de celle de Céline, débarrassée de la tentation de l’académisme, fût-ce celui du Nouveau Roman, qui se sentait encore dans Mais il y a la mer, Grand Prix de la littérature catholique pour sa plus grande confusion.
Marginal, il le fut lui-même, en un sens : par rapport à l’institution ecclésiale, à laquelle il est resté pourtant farouchement fidèle, au prix de rudes combats intérieurs. Par rapport surtout au monde des notables, des arrivés, des reconnus, de ceux qui ont déjà leur récompense. Cet homme si doué et de très petite extraction batailla toute sa vie avec la réussite, en quelque domaine que ce fût : elle le fascinait et le révulsait à la fois. La sienne est bien paradoxale, comme la vie mystique, comme le message de l’Évangile, qui le brûlait et dont il nous éclaire.
D. S.
   
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