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Dans ses Vespri per l’Assunzione di Maria Vergine, telles qu’un patient travail musicologique en a reconstitué récemment le cycle complet, Antonio Vivaldi, expert dans l’art de varier les procédés d’expression, a confié à la voix de contralto l’exécution intégrale du Psaume 126 (RV 608), lequel faisait traditionnellement partie de la psalmodie de l’office vespéral, aux jours de fêtes mariales. Sur le verset « Cum dederit dilectis suis somnum » (« Le Seigneur donne le sommeil à ses bien-aimés ») traité naturellement comme un andante, le figuratisme musical atteint un sommet de perfection qui, loin de représenter une simple prouesse de théâtralité, reflète la profonde méditation du psaume par celui que l’on appelait le « prêtre roux » : l’auditeur se voit confronté soudain au grand mystère du sommeil, non pas seulement comme fait de nature, mais comme don de Dieu, au point que, s’il écoutait comme il se devrait d’écouter toujours, il y cèderait bientôt lui-même. Mystère proprement biblique du sommeil : celui que Dieu donne, celui où Dieu opère, celui où Dieu se fait jour.
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