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Se recueillir : une aspiration impossible ? Par bien des aspects, le
recueillement n’a jamais été autant recherché : il est comme un horizon
pour beaucoup dans notre société affairée, trépidante, inquiète. Suspectée
dans les années 60-70, cette attitude est aujourd’hui à l’origine
d’expériences inattendues, bien au-delà du christianisme. C’est que la
quête de l’intériorité, en silence mais dans l’urgence d’une recherche vitale
de soi, a pris une nouvelle place, à la mesure de l’expérience de la division
et de la dispersion de l’existence. La littérature, le cinéma racontent à l’envi
des vies travaillées par la multiplicité, l’éclatement, le déchirement. Et
partout s’inventent des chemins de traverse pour permettre à l’être de se
retrouver. Pour permettre à l’être de se retrouver, par un engagement de
toute la personne dans le jeûne, la marche ou le travail sur le souffle.
Le recueillement vise en effet une manière d’être présent à soi et à sa vie,
à son corps, à ses pensées, à son esprit. Une manière de rentrer en
soi-même, de chercher l’unité. Pas seulement sur le mode de l’intériorité,
mais dans un registre religieux, devant Dieu. Cueillir, accueillir, re-cueillir, se
recueillir. Mais que recueille-t-on de sa vie ? A vrai dire, pour les disciples
du Christ, c’est Dieu qui nous « recueille », qui nous saisit. Nous nous
recueillons, et nous voilà saisis par un Autre et son amour, par l’amour d’un
Autre. De nos jours, jusqu’où croyons-nous à la force de l’union à Dieu, à
la force d’un amour ressenti, éprouvé dans l’oraison ?
Née dans l’Espagne du siècle d’Or, entre le XVIe et le XVIIe siècles, «
l’école du recueillement » représente un moment décisif pour la tradition
chrétienne. Ce tournant dans l’histoire de la spiritualité interroge notre
présent. La découverte du monde intérieur s’est faite au moment du plus
grand élargissement de l’espace, du bouleversement des mentalités, de la
naissance de l’individu. Parler de recueillement renvoie donc à l’aventure de
l’oraison moderne. Chaque chrétien est appelé à recueillir le poids de
l’existence, la sienne propre et celle des autres. Car cette expérience
radicale de l’amour de Dieu dans le recueillement suscite, comme chez
saint Paul, un nouveau regard sur les autres et les affaires du monde,
chaque homme apparaît comme transfiguré, la justice prend à la fois un
caractère impérieux et adapté à chaque situation.
Jean Paul II n’avait cessé d’appeler les jeunes à approfondir leur relation
personnelle au Christ. En août prochain, les JMJ de Cologne auront pour
thème : « Nous sommes venus l’adorer ». De nouveau, vont circuler dans
les médias les images étonnantes de ces jeunes passant de l’exubérance
au plus grand recueillement. Benoît XVI, a son tour, va soutenir les jeunes
catholiques dans leur quête multiforme d’une identité plus assurée
d’elle-même. C’est par la rencontre d’un Autre, dans l’expérience de la
prière et de la fraternité chrétienne, mais aussi dans une liturgie
renouvelée, que ce miracle adviendra.
Christus |