Introduction
Découvrez le numéro 207 - Juillet 2005
  LE RECUEILLEMENT - Une aspiration impossible ?
  Se recueillir : une aspiration impossible ? Par bien des aspects, le

recueillement n’a jamais été autant recherché : il est comme un horizon

pour beaucoup dans notre société affairée, trépidante, inquiète. Suspectée

dans les années 60-70, cette attitude est aujourd’hui à l’origine

d’expériences inattendues, bien au-delà du christianisme. C’est que la

quête de l’intériorité, en silence mais dans l’urgence d’une recherche vitale

de soi, a pris une nouvelle place, à la mesure de l’expérience de la division

et de la dispersion de l’existence. La littérature, le cinéma racontent à l’envi

des vies travaillées par la multiplicité, l’éclatement, le déchirement. Et

partout s’inventent des chemins de traverse pour permettre à l’être de se

retrouver. Pour permettre à l’être de se retrouver, par un engagement de

toute la personne dans le jeûne, la marche ou le travail sur le souffle.



Le recueillement vise en effet une manière d’être présent à soi et à sa vie,

à son corps, à ses pensées, à son esprit. Une manière de rentrer en

soi-même, de chercher l’unité. Pas seulement sur le mode de l’intériorité,

mais dans un registre religieux, devant Dieu. Cueillir, accueillir, re-cueillir, se

recueillir. Mais que recueille-t-on de sa vie ? A vrai dire, pour les disciples

du Christ, c’est Dieu qui nous « recueille », qui nous saisit. Nous nous

recueillons, et nous voilà saisis par un Autre et son amour, par l’amour d’un

Autre. De nos jours, jusqu’où croyons-nous à la force de l’union à Dieu, à

la force d’un amour ressenti, éprouvé dans l’oraison ?



Née dans l’Espagne du siècle d’Or, entre le XVIe et le XVIIe siècles, «

l’école du recueillement » représente un moment décisif pour la tradition

chrétienne. Ce tournant dans l’histoire de la spiritualité interroge notre

présent. La découverte du monde intérieur s’est faite au moment du plus

grand élargissement de l’espace, du bouleversement des mentalités, de la

naissance de l’individu. Parler de recueillement renvoie donc à l’aventure de

l’oraison moderne. Chaque chrétien est appelé à recueillir le poids de

l’existence, la sienne propre et celle des autres. Car cette expérience

radicale de l’amour de Dieu dans le recueillement suscite, comme chez

saint Paul, un nouveau regard sur les autres et les affaires du monde,

chaque homme apparaît comme transfiguré, la justice prend à la fois un

caractère impérieux et adapté à chaque situation.



Jean Paul II n’avait cessé d’appeler les jeunes à approfondir leur relation

personnelle au Christ. En août prochain, les JMJ de Cologne auront pour

thème : « Nous sommes venus l’adorer ». De nouveau, vont circuler dans

les médias les images étonnantes de ces jeunes passant de l’exubérance

au plus grand recueillement. Benoît XVI, a son tour, va soutenir les jeunes

catholiques dans leur quête multiforme d’une identité plus assurée

d’elle-même. C’est par la rencontre d’un Autre, dans l’expérience de la

prière et de la fraternité chrétienne, mais aussi dans une liturgie

renouvelée, que ce miracle adviendra.



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