Introduction
Découvrez le numéro 203 - Juillet 2004
  LA SAGESSE - Dans un monde inquiet
  On connaît l’étonnante prière de Salomon, établi roi sur Israël à la suite de

David, son père. A Yahvé qui lui propose de choisir entre tous les dons

possibles, Salomon demande la sagesse : « Donne-moi la Sagesse, assise

près de toi ! » Pris de vertige entre sa fragilité et la responsabilité qui lui

incombe de conduire le peuple de l’Alliance, il supplie le Créateur de lui

donner un cœur plein de jugement : « Tu formas l’homme par ta Sagesse

pour qu’il gouverne le monde avec justice et sainteté » (Sg 9).



C’est ce sentiment de fragilité qui saisit aujourd’hui nos contemporains

devant le pouvoir inouï que lui confèrent en tous domaines la science et la

technique. Il est passé, le temps des certitudes et des convictions bien

établies. Confronté aux questions nouvelles que lui posent ses conquêtes,

l’homme hésite et s’interroge avec un mélange d’espoir et d’angoisse : «

Mais moi, je suis un homme frêle et qui dure peu, trop faible pour

comprendre tes desseins. »



Ils sont pourtant légion, les sages de ce monde, à donner de bons conseils

tirés des traditions orientales ou des thérapies occidentales, des

philosophies anciennes ou modernes. Mais cette panoplie plonge chacun

dans une nouvelle perplexité. Ce qu’il nous faut, c’est une vraie sagesse,

ouverte comme jadis aux sagesses humaines pour y puiser le meilleur,

mais qui, sans se confondre avec elles, soit une sagesse originelle —

celle-là même qui présida à la création : « Elle était là quand tu fis l’univers

et connaît ce qui plaît à tes yeux. »



Pour connaître ce qui plaît à Dieu, nous avons besoin de quelque chose de

plus que la loi et les prophètes. La loi rappelle les commandements et

structure la conscience ; les prophètes annoncent le Royaume et

dénoncent les idoles ; mais c’est la sagesse qui donne saveur à la Parole

et fait trouver avec bonheur comment la mettre en pratique dans les

circonstances nouvelles de la vie. Sans elle, l’obéissance reste formaliste

et l’écoute cérébrale. La vraie vie, la vie spirituelle, a besoin de cette triple

respiration, figurée par les trois genres littéraires de la Bible : la loi, les

prophètes et la sagesse. D’ailleurs, nos contemporains, si allergiques aux

dogmes et aux remontrances et pourtant si ouverts aux avis des comités

des sages, ne nous font-ils pas sentir qu’ils sont en attente de cette

sagesse-là ? « Qu’elle travaille à mes côtés et guide mes pas avec

prudence ! »



Elle est un don du Saint-Esprit, et le meilleur. Car elle sait tout, comprend

tout et « sonde jusqu’aux profondeurs de Dieu » (1 Co 2,10). En montrant à

ses enfants comment les réalités d’en bas se rapportent à celles d’en haut,

elle crée en eux les dispositions permanentes qui les rendent souples aux

inspirations de l’Esprit. « Convaincus que sans elle, écrivait saint Ignace,

nos pensées, nos paroles et nos œuvres sont mêlées, froides et agitées,

nous devons la désirer, pour qu’elles deviennent chaudes, claires et justes

pour le plus grand service de Dieu. »



Christus
>> Accueil du site de la revue Christus
Imprimer