Les premières lignes de la contribution
« Nous croyant rois »
Du Miserere de Rouault
   
Dans le Paris médiéval, la Cour des Miracles jouxtait une église. Tout de même, dans Miserere de Georges Rouault, à côté de quelques Vierges (pl. 53 et 56), et de nombreux Christs, généralement de douleur (pl. 2, 3, 20, 21, 31, 33, 34, 35, 57, 58, etc.), grouille un pandémonium de péchés et de misères, de ridicules et de vices, de maux qui rongent l'individu et de maux qui ravagent le monde. Après les avoir dénoncés séparément dans sa peinture par le moyen de l'aquarelle, de la gouache et de l'huile, l'artiste les ramasse dans cette somme qu'il grave et, de les avoir ainsi groupés, les rend tout à la fois plus terrifiants et plus grotesques, plus sinistres et plus vrais. On sait que, trouvant dans le Clown le symbole de l'homme et de sa détresse fondamentale, il en a multiplié depuis 1903 les images ; ces images, il les résume dans la planche 8 de Miserere, une de ses oeuvres les plus humaines. On sait aussi que, dès cette même époque, il avait maintes fois peint des Filles et cloué de la sorte la luxure au pilori ; le thème s'en retrouve dans les planches 14, 15 et 17. On sait, enfin, qu'à partir de cette même date il avait dit l'horreur que lui inspiraient l'égoïsme, l'orgueil, la satisfaction de soi, tout un contentement bourgeois qui ferme les coeurs à l'amour ; cette horreur, il la crie dans des pages telles que les planches 16, 19, 40 et 49. On se rappelle moins les feuilles généralement aquarellées et un peu plus tardives, où, avec une gouaillerie de Gavroche bien parisien, il mettait en lumière le burlesque inconscient des professeurs et des mondaines, des conférenciers et des dandys, de tous ceux qui se laissent prendre à l'étalage des vanités sociales.
   
   
   
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