Actualité
Hommage à René-Claude Baud
Par Christus

Le 28 août nous a quitté René-Claude Baud, jésuite, ancien aide-soignant et formateur en soins palliatifs. Il avait 77 ans. Très proche de la revue Christus, il a publié la plupart de ses articles et recensions de 1978 à maintenant. Son dernier texte, consacré à sa mère, sera publié dans notre numéro de janvier.
Chaque fois que nous le lisions, que nous l’avions au téléphone ou que nous le recevions à la rédaction, René-Claude Baud nous donnait l’impression d’être toujours en mouvement, toujours sur le point de partir ; et pourtant, peu d’hommes paraissaient aussi attentifs que lui - moins d’ailleurs à ce qui pouvait surgir de nos profondeurs, qu’à ce qui se dégageait de l’homme tout entier. Car, pour lui, la fine pointe de l’âme pouvait s’exprimer à travers des gestes que d’autres auraient trouvés banals, à des petits rituels domestiques que d’autres auraient jugés méprisables, à l’amour d’une chanson populaire ou d’une émission de télévision, au désir d’« un yaourt bien frais » - à de simples phrases qu’il savait saisir, empoigner chez l’autre, et qui l’avaient ouvert aux plus diverses littératures pour rejoindre les gens là où ils en étaient, dans leur culture, quelque pauvre ou raffinée qu’elle ait été. Ces moments d’humanité, il les vivait en accompagnateur fraternel et en poète. Le Christ s’y invitait souvent, sans faire de bruit.
Bien sûr, son expérience d’aide-soignant de nuit avait été décisive : il y avait eu un avant et un après, une pâque. Et il l’avait admirablement relatée dans quelques articles de Christus, que nous lui avions proposé de recueillir dans ce qui deviendra ce livre si bouleversant : Ce qui remonte de l’ombre : itinéraire d’un soignant (Bayard, coll. « Christus », 2006). Après avoir vécu à l’hôpital aux marges de l’Église institutionnelle, puis après avoir fondé une des premières associations françaises d’accompagnement en soins palliatifs (« Albatros »), René-Claude Baud avait entamé, une fois à la retraite, un long processus de reconnaissance envers l’Église pour tout le travail qu’elle avait initié auprès des malades dès le Moyen Âge - un travail d’avant-garde que les chrétiens eux-mêmes ont tendance à oublier. D’où son attention à la transmission entre les générations, sur quoi il avait déjà écrit deux ou trois articles très incarnés, originaux, et qui devaient donner lieu à un nouveau livre pour notre collection.

Christus


Lyon le 28 août 2010
Aux amis de René-Claude Baud

Chers amis,

Il y a plus d’un an, René Claude Baud apprit qu’il était atteint d’un cancer aux poumons. Opéré il y a un an, il se battait contre la maladie. Le 17 mai dernier, il est entré à l’hôpital de la Croix Rousse et il ne l’a plus quitté. Assez vite, ses médecins lui ont signifié qu’ils ne pouvaient plus espérer le guérir mais qu’ils allaient l’accompagner dans ce passage vers une autre vie. L’oxygène, à haute dose, lui a permis de traverser ces moments, « durs » nous a t il plusieurs fois répété, mais il n’était pas seul, nous étions avec lui, ses soeurs et son frère, ses nombreux amies et amis, ses compagnons jésuites... Sa foi et son humanité qu’il a voulu toute sa vie communiquer à ceux qu’il rencontrait étaient son viatique.
René-Claude Baud nous a quitté ce matin, samedi 28 août 2010, à 8h30, entouré de son frère et de ses soeurs.
Depuis plusieurs années, d’une manière ou d’une autre, vous étiez proches de René-Claude, il vous a aidés à vivre votre vocation humaine et spirituelle, vous lui avez donné de vivre la sienne. Il nous a demandé de vous écrire ces quelques lignes... Pour témoigner de ce qu’il voulait vous dire. Nous avons choisi ces passages du livre qu’il a publié il y a quelques années (Ce qui remonte de l’ombre. Itinéraire d’un soignant. Bayard-Christus 2006).
L'homme qui est sorti de sa terre découvre que l'acceptation de sa propre mort est la condition d'une vraie liberté ; il renonce à laisser derrière lui d'autres traces que les pierres de son sacrifice. L'important est que d'autres existent après lui et non pas qu'ils
soient ses propres descendants. Parce qu'il accepte la possibilité de ne plus être là - et la mort est bien la forme complète de l'absence -, il ouvre un espace qui permet aux autres d'exister à leur tour ; parce qu'il sait partir, il laisse le champ libre. C'est à la mesure de
cette liberté-là, qui passe par le consentement à partir, qu'il peut être lui-même créatif, prendre à coeur ce qu'il fait et travailler au changement. (page 21)
Ma joie serait grande si j'offrais au lecteur les mots pour reconnaître sa géographie secrète intérieure : j'ai dû faire largement silence en moi pour dépasser ma pudeur et faire suffisamment confiance pour dire cette puissance de vie comblée de relations
humaines qui fonde mon être, tellement forte qu'elle ne sera pas détruite par la mort. En un mot, la mort n'a pas le pouvoir de tuer une relation entre des êtres qui s'étaient reconnus d'emblée de même âme. (page 152) La vie m’a appris que je peux dans l’amour partagé faire commencer, inaugurer un mouvement de vie qui ne pourra que s’amplifier jusqu’au zénith de l’éternité. (derniers mots, p. 162) Dans cette chambre d’hôpital qu’il habitait peu à peu, René-Claude accueillait ce que son Seigneur lui demandait de vivre, peu à peu il s’est abandonné à son Seigneur. Mais il demandait, chaque jour, chaque instant, à son Seigneur de lui donner la joie, cette joie véritable dont l’Evangile est la meilleure part. Il voulait trouver, au coeur de son épreuve, la
joie ! Il nous l’a répété plusieurs fois. Maintenant, elle lui est donnée en surabondance. Il nous y entraîne. Ce poème de Didier Rimaud que nous avons relu avec lui indique le passage.

Peuple d'un Dieu qui fait renaître,
Et qui t'engendre par son corps.
Tu es vivant par ton baptême :
Déjà tu as passé la mort !
Ouvre ton coeur à rendre grâce,
Dans l'univers où Dieu t'envoie.
Église heureuse de ta Pâque,
Tu as la charge de sa joie !
Invente avec ton Dieu l'avenir qu'il te donne,
Invente avec ton Dieu tout un monde plus beau.

Communauté jésuite
20 rue Sala
69002 LYON
04 72 77 09 00
sjsala@jesuites.com

 
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