Les premières lignes de la contribution
Le petit de l’homme
Regards d’artistes, hier et aujourd’hui
   
Ce thème fait remonter à ma mémoire deux dessins qui frappèrent mon imagination d’enfant dès que j’eus accès à la bibliothèque de mon grand-père. Le premier représentait un enfant qui regardait le lecteur en pointant du doigt un cortège d’importants personnages; une légende traduisait son exclamation : « Mais le roi est tout nu ! » L’autre image montrait une petite fille en guenilles, blottie sous une porte cochère ; les yeux fermés, elle souriait et il était écrit : « Tout le monde ignora les belles choses qu’elle avait vues. » On aura reconnu les deux contes d’Andersen : Le costume neuf de l’empereur et La petite fille aux allumettes. Que la fillette soit morte, ne me frappait pas. À l’époque, je ne savais pas ce qu’était la mort. Mais le rêve ! Le rêve, oui, je savais ! Son sourire délicatement souligné par l’artiste me fascinait. Ses visions magiques lumineuses étaient miennes, comme l’était ce regard de connivence du petit garçon dont les grands yeux me fixaient et partageaient avec une acuité naïve et impertinente une réalité que nous étions tous les deux seuls à voir. Je passais à côté de la morale des contes : c’étaient leurs images qui m’atteignaient. Quand, aujourd’hui, elles remontent à la surface de la mémoire, elles ne me rappellent pas l’enfant que j’étais, mais les immenses possibilités paradoxales de l’enfance entre rêve et réalité, que le graphisme percutant avait su suggérer. Ce dessinateur avait su regarder des enfants !
   
   
   
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