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«L’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans
nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » A certaines heures, il
est difficile de partager le cri de joie et l’assurance de l’apôtre Paul dans
son Epître aux Romains. Ainsi donc, l’espérance ne tromperait pas, ne
décevrait pas ? Quand la tempête souffle et secoue jusqu’aux fondations
de l’existence, quand notre confiance en la bonté d’autrui est éprouvée,
quand vacille la foi en Dieu ? Mais la parole de l’Apôtre n’est pas une parole
pour mer calme, pour des espérances édulcorées, frelatées. Jaillissant de
son expérience, elle nous soutient dans nos tribulations : « La détresse
elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la
persévérance ; la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur
éprouvée produit l’espérance » (Rm 5,3-4).
Cette espérance-là repose non sur nos forces, mais sur ce que Dieu a
accompli, une fois pour toutes, en Jésus. « Alors que nous n’étions encore
capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les
coupables que nous étions. — Accepter de mourir pour un homme juste,
c’est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien.
Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous
alors que nous étions encore pécheurs » (Rm 5,6-8). Paul nous encourage
alors à mettre notre orgueil en Dieu, à nous vanter, à nous glorifier en lui —
c’est-à-dire à ne pas chercher en nous force et raisons d’espérer, mais à
les puiser dans la vie d’un autre, en qui nous sommes désormais
réconciliés avec Dieu. C’est qu’à vues humaines nos raisons d’espérer se
révèlent souvent illusoires. Sans doute faut-il une fois encore revenir à la
distinction traditionnelle entre espoir et espérance, entre projets personnels
et attente de Dieu, visée humaine et remise radicale de soi à un autre.
Cependant, l’espérance n’est pas un don extérieur à nos vies : Dieu
lui-même vient l’inscrire dans nos projets, en les renouvelant. Alors
l’impossible s’accomplit : tenir dans l’épreuve et ne pas donner crédit aux
voix qui raillent, jusqu’au fond de nous-mêmes : « Où est-il, ton Dieu ? »
Distinguer espoir et espérance nous permet d’entendre le travail de la foi et
de l’amour en plusieurs lieux où l’humanité est fortement exposée :
l’engagement politique, si décrié ; la prison, lieu de l’échec par excellence ;
l’acte d’éduquer un jeune, foi en l’avenir. Là où dans nos vies peut
secrètement s’insinuer la désespérance, nous sommes invités avec l’Eglise
à nous mettre à la table des pèlerins d’Emmaüs : la crise devient creuset
pour l’espérance ; sortir de la désolation spirituelle devient possible.
Paul indique la direction ultime de l’espérance : la gloire de Dieu. « Notre
orgueil à nous, c’est d’avoir part à la gloire de Dieu » (Rm 5,2). Cette gloire,
fragile et sans cesse menacée, repose sur Jérusalem. Jusqu’à la fin des
temps, Jérusalem, au sein de ses tribulations, concentre notre espérance
— dans l’attente du retour du Christ. C’est lui qui viendra accomplir toute
chose dans une humanité réconciliée, dont Jérusalem est à jamais la figure.
Christus |