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Le clivage entre une vision « spirituelle » de l’eucharistie, qui appelle à s’unir à Dieu dans la contemplation, et une vision « terrestre », qui invite à nourrir ses frères, ne fait que se creuser. L’évolution même des formes, le passage de l’hostie diaphane à la rude matérialité d’une sorte de pain bis traduit, non sans réticences, les transformations de la vision dominante. Chacun est alors renvoyé avec force à l’urgence de construire un monde où le pain soit partagé. Mais quelle « présence » reste-t-il sur l’autel ?
Pareille opposition reflète l’antagonisme entre deux grandes attitudes devant l’existence, qu’incarnent deux personnages idéaux : 1. L’homme de bien, qui, poussé par son sens du devoir, lutte pour un monde meilleur ; 2. L’amant de l’Être, qui cherche à s’unir à l’ineffable 1. Ces deux attitudes, qui préexistaient au christianisme, l’ont largement colonisé. Pendant ce temps, l’être au monde singulier que l’on trouve dans l’Évangile a eu bien du mal à faire sa place. L’Évangile introduit à une « communion », qui dessine un rapport à Dieu et un rapport aux hommes profondément originaux et intimement intriqués. Il n’est plus question alors ni de s’évader dans le « céleste » ni d’ôter toute profondeur au mystère.
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