Introduction
Découvrez le numéro 208 - Octobre 2005
  L’HOMME HUMILIE - La hauteur cachée
  Théâtre du monde. Prisons d’Irak, filières de prostitution de l’Est, exodes de

réfugiés en Afrique devant la guerre ou la sécheresse, ou au sud des

Etats-Unis après le cyclone Katrina..., partout l’humiliation se donne en

spectacle. Pourquoi ces situations nous atteignent-elles si profondément ?

Sans doute parce qu’elles renvoient chacune, chacun d’entre nous à des

humiliations subies dès notre enfance, à l’âge des grandes vulnérabilités.

La moquerie, la cruauté, l’injustice peuvent nous faire honte, de l’école

maternelle à la vie professionnelle ou sur un lit d’hôpital. De surcroît, nous

appartenons à une société ricanante, à une société de mépris, qui trop

souvent ne s’indigne que pour mieux humilier — par les médias, par la

rumeur publique, par ce à quoi on réduit l’être humain.



Indignation, dénonciation ; dénégation aussi, quand cela nous arrange. Tout

à la fois victimes et acteurs, nous sommes non seulement humiliés, mais

humiliants, personnellement et collectivement. On a tous été amenés à

rabaisser plus faible que soi et les grands peuples se retournent souvent

contre de plus petits.



Comment réagir face aux humiliations, qui, faut-il le préciser, n’ont en soi

aucun sens ? Se tourner vers le Christ peut aider à trouver une liberté

intérieure : lui-même n’a-t-il pas rejoint l’humanité jusque-là ? Comme l’écrit

le P. Varillon, Dieu n’est « puissance illimitée d’effacement de soi » que pour

mieux se communiquer. Telle est l’humilité de Dieu. Pour nous hausser

jusqu’à lui, il est devenu l’un de nous, jusqu’au bout, jusqu’en bas. Or, dit

Jésus, « qui m’a vu a vu le Père ». Simplicité, pauvreté, dépendance de

l’amour. Le Christ invite ses disciples à emprunter le même chemin que lui.



Révélation de la hauteur cachée — de Dieu, du Christ, et de tout être : Dieu

passe Dieu et l’homme passe l’homme. Vécues en Lui, les humiliations

peuvent alors déboucher sur autre chose que la destruction, la

complaisance ou la révolte. L’acte de s’en remettre radicalement au Père

signe cette liberté et ouvre à l’humilité. La porte étroite qui fait passer des

humiliations à l’humilité peut rendre l’homme à son humanité. Frère Roger

comme Jean Paul II, par leur vie et par leur mort, témoignent de ce chemin

de liberté et de paix.



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