Article complet
Recension commune aux ouvrages "POUR REPRENDRE ET PERDRE HALEINE" et "PETIT ELOGE DU CATHOLICISME"
   
  Jean-Louis Chrétien
POUR REPRENDRE ET PERDRE HALEINE
Dix brèves méditations
Bayard, 2009, 210 p., 17 euros.

Patrick Kéchichian
PETIT ELOGE DU CATHOLICISME
Gallimard, coll. « Folio », 2009, 127 p., 2 euros.

La parution simultanée des livres peut demeurer le fruit du hasard et leur appartenance à une même génération éditoriale n’implique pas nécessairement qu’ils soient frères. Tel est pourtant bel et bien le cas, en l’occurrence, l’exacte contemporanéité des livres se trouvant refléter, de surcroît, l’amitié profonde qui unit leurs auteurs. La fraternité se révèle ici jusque dans la manière de procéder, puisque le propos des deux oeuvres est volontairement sélectif, « étoilé », aimerait-on dire, ce qui rend d’autant plus « spacieuse » la lecture que l’on en peut entreprendre, comme aussi, bien sûr, la joie que l’on en peut retirer.
« Les mots, écrit Jean-Louis Chrétien, ceux du moins qui durent, et endurent, ont un poids. Ce poids de lumière et de sens leste notre parole, la rend grave, et ce lest, comme celui des navires, la rend capable d’inédites traversées. » C’est une sorte d’échelle sainte, simple et souple, une échelle de mots utiles et succulents, que le philosophe propose à notre méditation en nous invitant dans la sienne : souffle, chemin, tentation, attention, recueillement, bénédiction, paix, douceur, abandon. S’étonnera-t-on de voir figurer, au terme de ce répertoire, de ces « traversées » possibles, ou comme le dernier de ces « fruits de l’Esprit », le mot blessure, lorsque l’on sait combien il tient au cœur et à la pensée de celui qui a écrit naguère L’Arche de la parole (PUF, 1998) ? À travers ces « méditations » nourries des lectures les plus étendues et les plus inédites, J.-L. Chrétien ne se borne pas à renouveler un genre littéraire particulièrement cher à la tradition philosophique : il se révèle mieux que jamais pour ce qu’il est insensiblement devenu, par la simple autorité et la tournure de son oeuvre : un maître spirituel.
C’est encore par de simples mots, mais de taille - ceux de la foi et de l’expérience (par exemple liberté, conversion, critique, fidélité, identité, religion) -, que Patrick Kéchichian balise son bref écrit, tout à fait imprévisible et qui tombe, tel un météore de fraîcheur baptismale, au beau milieu du paysage intellectuel et médiatique contemporain. Car il faut aujourd’hui plus que de l’audace, avouons-le, pour risquer dans le public un « éloge du catholicisme ». Et lorsque l’on songe à la diffusion que promettent à ce petit livre son édition de poche et son prix dérisoire, on sourit tout bas - de bonheur - d’une telle opération, au demeurant innocente de toute prétention apologétique. Confessions, mais réduites à l’essentiel et, pour autant, « catholiques » elles-mêmes, c’est-à-dire communicables. Certitude, mais sans exaltation. Habitation d’un héritage immense, mais en esprit de pauvreté. Promenade que ce livre, ou plutôt pèlerinage à travers les fondamentaux de la foi, tels que l’air du temps les conteste pour en révéler malgré lui la pérennité, pèlerinage à travers les lieux de la foi aussi, je veux dire ces lieux saints que sont pour l’auteur les églises parisiennes de son arrondissement intérieur. Livre d’un piéton, en somme, avec toute la simplicité et la solidité dont ce mot est prégnant, et cette espèce de piété (mais profonde, éclairée, réfléchie) dont il est presque l’homonyme. « De ma propre main, écrit P. Kéchichian, j’éprouve le grain des pierres. Debout dans les siècles ou ruiné par eux et les hommes, l’édifice qu’elles forment s’établit sur la terre en même temps qu’il regarde le ciel. Si j’adhère pleinement, résolument, au catholicisme, par le coeur, l’âme et l’esprit, par le corps aussi, ce corps de péché, c’est pour me tenir debout, à ma place, sur ce seuil, vrai lieu, et pas un autre. »
Bref, deux livres étonnants et qui, l’un et l’autre, communiquent un indéfinissable bien-être, une espèce de soulagement.

FRANÇOIS CASSINGENA-TREVEDY
   
>> Accueil du site de la revue Christus
Imprimer