Introduction
Découvrez le numéro 201 - Janvier 2004
  LE PRIX DE LA JOIE - Au-delà du plaisir
  La joie ne s’achète pas. C’est peut-être pour cela qu’elle est rare. On peut

se procurer du plaisir, et la société marchande s’en charge, offrant un

bonheur de façade qui occulte trop souvent l’absence de vraie joie. Mais

celle-ci ne peut qu’être reçue, comme une surprise, un étonnement d’être,

le pressentiment d’un accomplissement.



Tel est le premier degré de la joie, celui de s’accomplir par la création. C’est

une expérience commune. Toute création est joie, disait Bergson, et plus la

création est riche, plus profonde est la joie : celle de la mère heureuse

d’avoir mis au monde un enfant, celle de l’artiste assuré de son œuvre, de

l’ingénieur ou du technicien qui participent à la réussite d’une entreprise.

C’est pourquoi la peine la plus ingrate est peut-être d’être privé de toute

responsabilité.



Mais il est une joie plus haute, qui est liée à la présence de ceux qu’on

aime. Joie de l’amitié, de l’amour humain, de la communion. Joie plus

surprenante encore de la réconciliation. Le ciel y participe. Lorsque deux

personnes se rencontrent et que l’une dit à l’autre : « Pardonne-moi », il se

passe quelque chose d’unique, de plus important, disait Ingmar Bergman,

que toutes les trompettes du paradis.



Cependant, cette joie est encore trop courte, sujette aux changements et

aux fragilités de cette vie. Le Christ a promis aux siens la joie parfaite au

milieu des contradictions endurées à cause de lui. Demeurer uni dans

l’épreuve comme dans la réussite à Celui qui, pour nous, a souffert la mort,

c’est participer à une joie que rien ni personne ne peut enlever. Ainsi

Thérèse de Lisieux qui, au cœur des ténèbres, disait à son Seigneur : «

Est-il une joie plus grande que celle de souffrir pour votre amour ? »



On ne peut séparer ces joies qui s’appellent comme les voix d’une fugue et

qui font pressentir la présence du divin dans le plus humain. Plaisir et joie

ne s’opposent pas. Mais la joie, qui est au-delà du plaisir, nous indique son

bon usage. Il y a, en effet, plus de joie à donner qu’à recevoir, à faire plaisir

qu’à prendre plaisir. Joie du banquet partagé, figure du Royaume où le

maître servira les siens.



Sortir de soi, tel est le prix de la joie. Ne chercher que le bon plaisir de Dieu,

tel est son secret. Sans calcul, loin de tout amour mercenaire. La joie

viendra, quand il voudra, comme l’époux au milieu de la nuit. L’attente

creuse le désir, et s’il faut se garder des exaltations imméritées qui veulent

forcer sa venue, il faut bannir tout autant la morosité maladive que

l’espérance a désertée.



Christus

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