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Il en va de l’économie comme la marche à pied : c’est une rupture d’équilibre perpétuellement surmontée. Pour avancer, il faut accepter de perdre l’équilibre, et en ce sens, comme les petits enfants qui apprennent à marcher, faire confiance à ceux qui nous ont précédés. La confiance est d’autant plus nécessaire que l’économie capitaliste se nourrit de « destructions créatrices », comme disait Schumpeter. Ce n’est pas en perfectionnant la bougie que l’on a inventé l’électricité, et, pour développer l’automobile, il a fallu détourner une partie des forces de travail disponibles et des consommateurs vers de nouveaux secteurs, en déstabilisant les autres. La crise économique survient lorsque la chute n’est plus amortie et que la confiance disparaît : les consommateurs hésitent à dépenser, les produits s’accumulent dans les halles de stockage, le chômage grandit, augmentant la défiance des consommateurs. Faute de soigner les maux, on cherche les mots capables de restaurer la confiance perdue : surproduction, pétrole, dette, spéculation. Ces explications se révélant dérisoires, la défiance s’installe alors sous des expressions assez vagues : contradictions du système capitaliste, fascination de l’argent, appétit de jouissance, volonté de puissance.
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