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Pour un cinquantenaire
Claude Flipo s.j.
À l’occasion du cinquantenaire de la revue Christus, qui fut célébré par un colloque au Centre Sèvres les 16 et 17 janvier 2004, et au moment de passer la main au nouveau rédacteur en chef, le P. Paul Legavre, je suis heureux de présenter les principales interventions de ce colloque. Nos lecteurs y trouveront non seulement une sorte de relecture d’un demi-siècle de la vie spirituelle des chrétiens, mais aussi ample matière à réflexion sur ses enjeux actuels.
C’est d’abord une analyse des thèmes de la revue depuis son origine que l’on trouvera ici, dans leur évolution au cours de ces cinquante ans mouvementés qui ont vu le Concile, la crise des années 70, le développement des sciences humaines, la sécularisation, le retour à la prière et - plus largement - à la spiritualité.
Puis c’est l’histoire de la revue elle-même, de ses rédacteurs et de leurs équipes, histoire qui, comme on le verra, ne fut pas un long fleuve tranquille. Elle nous fait revivre de l’intérieur les développements, les crises et les reprises qu’ont connus les communautés chrétiennes de France au cours de ces années. La passionnante étude d’Étienne Fouilloux, historien connu de l’Église au XXe siècle, et la vivante évocation qu’en font ensuite les acteurs de la revue jusqu’aujourd’hui, nous en font suivre les méandres de l’intérieur.
La troisième partie fait droit à la collection « Christus », série d’ouvrages sources, publiés chez Desclée de Brouwer, qui atteignent aujourd’hui le nombre de quatre-vingt-dix. Pendant dix ans, à la tête de l’équipe Christus, le P. Maurice Giuliani a défriché les textes, traduit le Journal spirituel de saint Ignace et animé cette collection qui, avec Certeau, Courel, Roustang et d’autres, restituait au public de langue française les trésors que sont les Lettres de saint Ignace, les écrits de Lallemant et de Surin, le Mémorial de Favre, les oeuvres de Clorivière, Caussade, La Colombière... Plus tard, en 1991, il devait publier avec une équipe les Écrits d’Ignace.
La dernière partie donne la parole aux témoins des « revues soeurs » européennes, Manresa en Espagne et The Way en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, manifestant ainsi la dimension internationale de la spiritualité ignatienne. Nos revues respectives en font souvent leur profit grâce à des échanges et traductions d’articles.
Cet acte de mémoire nous fait mieux percevoir ce que nous devons au fondateur, décédé quelques mois avant notre colloque. Dans le sillage du retour aux sources de la spiritualité ignatienne, favorisé par la publication des Monumenta Historica Societatis Iesu, Maurice Giuliani fut un sourcier, ce dont témoignent ses deux ouvrages fraîchement imprimés des écrits du début et de la fin de son oeuvre. Il était convaincu que la vie de l’Esprit est une expérience, que Dieu se communique lui-même à l’intime de l’âme comme à son Eglise et que la vie spirituelle consiste à s’y rendre disponible par le discernement spirituel.
La deuxième figure dont la personnalité marqua la revue fut le P. Joseph Thomas, qui la dirigea quinze ans, de 1971 à 1986. Théologien, écrivain et homme de terrain, il était particulièrement sensible à l’expression de la foi dans la culture contemporaine, à une époque où l’une et l’autre étaient secouées dans une Église contestée du dedans comme du dehors. Avec des collaborateurs de la même étoffe, Maurice Bellet et Dominique Bertrand, il devait garder le cap au cours de ce « temps de maintenance ». Avant lui, le P. Jean-Marie Le Blond tint le gouvernail dans le courant tumultueux des années 68 ; et après lui, le P. Bernard Mendiboure permit à la revue de déboucher dans des eaux moins agitées.
Une revue, c’est un projet, c’est une équipe, c’est un lectorat. C’est, j’allais dire, une conversation, et - quand il s’agit de vie spirituelle - une véritable « conspiration », au sens latin de ce mot : cum-spirare (sentir les choses ensemble »). Ensemble avec un comité de rédaction, des auteurs et des lecteurs. Une conversation qui porte sur des réalités spirituelles, ce qui donne sens à la vie et l’anime de l’intérieur, ce qui construit les relations avec Dieu et avec les autres, l’Esprit de Dieu qui s’est fait conversation parmi les hommes.
Vous êtes nombreux à entretenir cette conversation. Parmi les lecteurs, 70% sont engagés dans des responsabilités ecclésiales. On y trouve des évêques et des chrétiens de base, des universitaires et des missionnaires, des hommes politiques et des psychologues, des religieux et des laïcs, de plus en plus majoritaires, membres vivants du peuple de Dieu. D’où l’importance de ce vivier d’auteurs qui l’animent, hommes et femmes, spécialistes des sciences humaines ou de l’histoire de la spiritualité, exégètes, témoins de la vie de l’Esprit. Je ne peux citer tous ces auteurs, auxquels nous devons grande reconnaissance. Mais je ne peux passer sous silence la collaboration fraternelle des membres du Centre Sèvres et de l’Institut catholique, des amis jésuites de Suisse, de Belgique, du Canada, du Liban ou de Rome, et aussi les moines et les moniales, les membres des congrégations féminines ignatiennes qui participent si volontiers à la rédaction, sans oublier celle d’Yves Roullière, rédacteur en chef adjoint, et celle des professionnels de Bayard. C’est une grande joie de travailler ensemble à moudre le grain de la Parole.
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