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Pierre Favre fut un des tout premiers compagnons d’Ignace de Loyola à Paris. Prêtre et théologien, envoyé par le pape au concile de Trente, il passa en « pèlerin » le plus clair de sa vie apostolique entre l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, pour prêcher, conseiller, intervenir dans les affaires les plus sensibles de l’époque, comme le colloque de Worms en 1540.
Son point d’ancrage le plus constant, son « inspiration » ou sa « source intérieure », comme il l’écrit ici, fut la Parole de Dieu sous les formes de la liturgie et de la Prière des Heures. À Noël 1542, elle éveille en lui le profond désir de « naître » vraiment de Dieu, et au Vendredi Saint suivant, celui d’être guéri de ses « infirmités » qui le hantent à nouveau dans sa méditation de la Passion.
Ces deux dates témoignent d’un changement fondamental dans la vie spirituelle de Pierre Favre. La grâce de naître de Dieu fait événement dans sa vie, car elle engendre un renversement de perspective, déjà à l’oeuvre dans sa demande. La consolation qu’il goûte alors est le fruit manifeste de l’agir croissants de Dieu en lui, et non plus le fruit de ses seuls efforts. Son regard s’approfondit radicalement et s’universalise en même temps, car ce qui lui est sensible n’est plus le monde et la vision qu’il en a, aussi noble et élevée soit-elle, mais la manière unique dont Dieu oeuvre du dedans en chaque personne et en toute réalité.
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