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Cinq poèmes urbains |
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Bruits de pas, vitrine, carafe, banc et miroir
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Rien que la résistance d’un pas dans la nuit de l'hiver
et la nuit n'est déjà plus la nuit.
C'est comme s'il avait neigé, mais ce manteau de blancheur qui l'a enveloppé est seulement une soif conquise à l’improviste au coeur de l’insomnie.
Dehors, dans la rue, les vitrines des boutiques continuent de se surveiller à l'envi, mais le linceul de la nuit laisse monter une lumière de désert plus imprenable que les miradors de la ville.
Un homme marche : il est seul, la plaine est immense et la route noire et salée.
Le ciel s’est rétréci, devenu à peine une vieille auréole amassée autour d’un petit coin de lune,
mais le passant le voit et l’accueille comme la rose blanche de la nuit.
Il marche contre le vent pour oublier sa migraine et ses soucis,
mais avec son haleine, flottant au-dessus de l’ombre et de l’asphalte,
il trace bon gré mal gré l’espoir d’une liaison
entre l’appel du jour et la nuit des faubourgs.
Rien ne peut effrayer le pas du marcheur
quand son coeur se réchauffe du pas unanime qu'il entend dans la nuit.
Il le précède depuis les siècles des siècles
et ne lui appartient pas plus que la vie de son propre corps,
luttant contre la glace de décembre dans son manteau rêche et austère.
C'est un manteau qui n'a pas été taillé par l'homme :
c'est un manteau que Dieu a taillé dans la fressure du jour et de midi
et il vient loger comme un ami
dans la paume du silence, de la veille et de la nuit :
il est cette lumière que l'on n'aperçoit que de loin,
en marchant droit devant soi,
en marchant droit devant soi au fin fond de l’hiver
et sans plus calculer le coût de chaque pas.
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